Suspendu de ses fonctions le temps de l’enquête diligentée par le cabinet du Ministère des Sports, le président de la Fédération Française de Football a rendu sa démission hier, lors du dernier Comex de la FFF et à quelques jours de la publication de l’audit. À l’heure où la sélection féminine tangue sous la vague des protestations touchant Corinne Diacre, il est temps pour l’instance suprême du football français de dresser l’état des lieux d’une institution en crise.
Entré en fonction 1 an après le traumatisme de Knysna, Noël Le Graët aura incontestablement participé du renouveau du football professionnel masculin. Finaliste de l’euro 2016, champion du monde 2018, puis finaliste de l’édition 2022, l’Equipe de France de Didier Deschamps, homme de confiance de Le Graët connaît une décennie radieuse. Ajoutez à cela le niveau de l’équipe féminine, au palmarès indigne de la qualité de l’effectif , ainsi que l’augmentation notable des subventions à destination du football amateur et des pôles de formation français, vous obtenez un bilan sportif plus que remarquable.
Toutefois, ce n’est pas le seul fait d’arme de l’ancien président de l’En-Avant Guingamp, puisque le bilan économique de la FFF affiche aussi une balance positive. Aussi, voilà des résultats qui semblent justifier 11 ans au sommet du football français. Plus encore, si on ne regardait que ces performances économico-sportives, on pourrait presque regretter le départ du breton.
Or, ce serait oublier que le football et le sport en général sont avant tout une affaire humaine. Le sport et le football en particulier, sont avant tout une industrie générant une activité impliquant des transactions financières ubuesques, des responsabilités hors-normes, et bien sûr des relations complexes.
C’est dans ce dernier domaine que le chef d’une entreprise d’agroalimentaire a assurément fait preuve de limites, sinon d’outrepassement légale et morale. Si, à ce stade, l’on ne saurait juger du deuxième point, l’hyperprésidence Le Graët permet d’affirmer avec certitude les défaillances d’une gouvernance unilatérale. Dernières illustration en date : les prolongations non concertées des deux sélectionneurs des équipes de France A : Didier Deschamps coté masculin, Corinne Diacre côté féminin.
Si la prolongation du champion du monde 98 n’a pas suscité de contestations en tant que tel, Deschamps étant particulièrement apprécié, il n'empêche que l’extension du bail de son contrat jusqu’en 2026, soit au-delà du mandat présidentiel de Le Graët n’a pas été très apprécié en interne. Pour ce qui est de son homologue féminin, la confirmation de Diacre à la tête des Bleues a sûrement contribué aux contre-performances d’un effectif taillé pour les étoiles. Bien que cette supposition soit hypothétique, le divorce entre la sélectionneuse unilatéralement confirmée par Monsieur Le Graët et les cadres de l’EDF est lui bel et bien entamé. Unique soutien de l’ancienne défenseur de l’ASJ Soyaux, la démission du président de la FFF augure d’un sort peu favorable pour la numéro 1 sur le banc des bleues.
Cela dépendra pour l’instant des choix du Comex, dont Philippe Dialo, président par intérim conserve les rênes moins de deux mois après que celles-ci lui aient été confié, au lendemain de la suspension de Monsieur Le Graët. Mise au banc après avoir été à multiples reprises accusé de harcèlement, le breton avait également perdu beaucoup de soutiens en écornant Zinédine Zidane au micro de Marion Bartoli.
Si la sortie peu amène et assez peu compréhensible à l’égard de l’idole du foot français restera sans conséquences, la publication finale du rapport de l’audit diligentée pourrait entraîner des poursuites juridiques. En cause : la gouvernance autoritaire du président et surtout les accusations de harcèlement moral et sexuel.
En attendant la communication des délibérés du ministère des Sports, Le Graët s’amuse à jouer à la victime, entre deux invectives à l’encontre d’Amélie Oudéa-Castéra. Pas sûr que ce soit la meilleure tactique quand on est déjà lourdement mené au score sur le terrain des infractions. Heureusement, il peut compter sur l'instance sprortive la plus corrompue à ce jour, et son bon ami proche du Qatar pour continuer à garder un pouvoir qui lui a visiblement tourné la tête.